Bel article sur Woerth
Un très bel article paru le 24 juillet dans l’Alsace …
L’affaire Woerth-Bettencourt, le feuilleton politico-juridique de l’été 2010, a sorti de l’anonymat le nom d’un paisible village bas-rhinois qui porte le même nom que le ministre.
« Depuis qu’il y a son nom tous les jours dans les journaux, quand on nous demande comment s’écrit le nom de la commune, on répond Woerth, comme le ministre », signale la secrétaire de la mairie installée dans une imposante demeure Renaissance, accolée à la tour de garde de l’ancien château.
« Cette affaire a un seul avantage pour nous : les gens de l’intérieur savent maintenant comment on prononce le nom du village », complète la factrice rencontrée dans la Grand-rue qui longe la Sauer, rivière franco-allemande, affluent du Rhin. « Il n’est pas d’ici et puis les gens n’en parlent pas, ça ne change rien pour nous », affirme Jean-Claude Lagas, un des deux bouchers de ce village de 1 820 habitants. Un bourg bas-rhinois méconnu dont le nom a pris une certaine notoriété depuis que l’affaire Woerth-Bettencourt fait couler beaucoup d’encre.
« La caisse de l’UMP ne se trouve pas à la trésorerie de Woerth »
Les habitants de ce chef-lieu de canton de l’arrondissement de Wissembourg, situé dans le Parc naturel des Vosges du nord, à 40 km au nord de Strasbourg et 16 km de Haguenau, s’appellent les Woerthois. Éric Woerth, le ministre du Travail éponyme de la commune, est un Woerth de l’Oise, né en 1956, à Creil, et maire de Chantilly. Les Woerthois ont deux surnoms pas vraiment flatteurs : les « Dallerschlacker » (lécheurs d’assiette), selon l’encyclopédie de l’Alsace, mais on les appelle plus fréquemment aujourd’hui les « Halb-Herra », les demi-bourgeois. Woerth est le fief de Guy-Dominique Kennel, le président UMP du conseil général du Bas-Rhin. Le nom du village vient du vieil allemand « word » désignant une petite île fluviale, un bout de terre émergeant d’un marais.
« Oui, nous avons un coffre-fort, mais la caisse de l’UMP ne se trouve pas ici, répond la directrice de la Trésorerie de Woerth, installée au premier étage de l’ancienne mairie, mi-amusée mi-interloquée par la question saugrenue. Vous êtes les premiers journalistes à venir enquêter ici. »
« Ce n’est pas parce que je porte le même nom que lui que je dis ça, mais les Woerth sont des gens intègres », estime Louis Woerth, le seul Woerthois à porter le même nom que la commune et le ministre. « Je l’ai rencontré une fois et j’ai parlé un peu avec son père, mais nous n’avons pas de lien de parenté », confie ce vaillant retraité de 71 ans, fils de paysan devenu chaudronnier et gymnaste chevronné. C’était en novembre 2004, lors d’une réception à la mairie de Woerth, à l’initiative de l’ancien maire, François Grunder.
« Je suis du parti des Woerthois »
À l’époque, Éric Woerth n’était que secrétaire d’État à la réforme de l’État, mais il était déjà trésorier de l’UMP et Nicolas Sarkozy briguait la présidence de l’UMP avant de viser plus haut. Éric Woerth est revenu le 12 juillet dernier dans le coin, à Reichshoffen, un village voisin, pour une courte visite à l’usine De Dietrich, mais sans s’arrêter à Woerth.
« Le faire citoyen d’honneur de Woerth ? J’avoue qu’on n’y a pas encore songé », déclare le nouveau maire, François Rutsch, sans étiquette. « Je suis du parti des Woerthois », souligne-t-il. Et des Woerth ? « C’est un personnage fréquentable et compétent. » Après un temps de réflexion, il ajoute prudemment, avec un brin d’humour alsacien : « Il vaut mieux attendre un peu et voir comment cette affaire évolue. »
Éric Woerth est déjà, depuis avril 2008, citoyen d’honneur de Brunstatt, dans la banlieue de Mulhouse, où est née, en 1903, sa grand-mère paternelle. Le maire Francis Flury lui avait remis les armoiries de Brunstatt personnalisées au nom du ministre du Budget qu’il était à l’époque. « Il n’y aura pas d’impôt foncier à payer ? », avait demandé Éric Woerth, sur le ton de la farce.
Retour à Woerth, avec Louis Woerth en chemise africaine dans la véranda de sa maison fleurie. Il est membre de l’association Fruits, fleurs et nature ainsi que de la chorale du village.
« Oui, on suit un peu cette histoire. Je pense qu’il est victime d’un retour de manivelle car il a cherché à coincer des gens puissants qui ont placé leur argent en Suisse », commente sobrement Louis Woerth, en nous servant un jus fait avec les pommes de son verger. « Je le trouve plutôt sympathique », confie sa femme, Marie-Louise. Originaire d’Erstein, Louis Woerth s’est installé à Woerth en 1965. Il a épousé une Woerthoise de souche qui lui a donné dix enfants, un garçon et neuf filles, dont l’une se prénomme Florence, comme la femme du ministre.
Un champ de bataille
Woerth n’a pas conclu de jumelage avec une autre commune française ou étrangère. Signe d’un repli sur soi ? À l’entrée du village, un panneau signale les deux grandes attractions du lieu : son musée du 6 août 1870 et son champ de bataille (lire ci-dessous). Une bataille, dont on va célébrer le 140 e anniversaire et qui, dans les livres d’Histoire français, porte le nom de Reichshoffen, alors que les fameuses charges des cuirassiers se sont déroulées entre Froeschwiller et Woerth. « C’est parce que le général Mac Mahon avait envoyé la dépêche annonçant la défaite depuis Reichsh o ffen que la bataille porte ce nom », explique le maire. En Allemagne, on parle de la victoire de Wörth. Cela devrait intéresser le ministre.
« Je me préoccupe avant tout de l’avenir de l’économie de la commune », assure le maire. Woerth ne s’est pas encore remis de la fermeture, en 1994, de l’usine Alcatel qui assemblait des minitels, entraînant la perte d’environ 600 emplois. Un véritable sinistre. Aujourd’hui, c’est le Super U qui est le premier employeur, avec 75 salariés. Le petit commerce a du mal à survivre. François Rutsch veut créer un marché hebdomadaire et transformer de vieilles maisons plus ou moins vides en îlot commercial moderne. Pour redynamiser sa commune. Parce qu’elle le vaut bien, comme on dit chez L’Oréal.
Texte : Adrien Dentz – Photos : Dominique Gutekunst – Journal L’Alsace …
